jeudi 29 mars 2007

La Moutaa 2007 et le point Onze

« Beaucoup n’iront pas voter ou alors mettront dans l’urne des bulletins nuls. C’est leur façon de signifier leur refus de cautionner la médiocrité de la plupart des élus, mais aussi de crier tout haut leur désillusion de voir un jour ces députés s’inquiéter de leur sort, pas toujours très enviable, il faut le dire ». Khadidja Mohamed Bouziane, in : « L’abstention, un signe de méfiance », Les Débats du 07 au 13 mars 2007.

Le « refus de cautionner la médiocrité de la plupart des élus » serait explicable par la « désillusion » citée si ceux dont le sort est plus « enviable » votaient. Dans une situation de ‘’tag 3la men tag’’ où la notion de l’intérêt général est à ce point dépréciée, ceux dont le sort est plus « enviable » qui intègrent les élus dans leurs prévisions savent ce qu’il en est. Ils savent que ceux-ci, cette catégorie de « plupart des élus », sont souvent employés en tant que membres de réseaux de clientèle et que, pour une telle mission, mieux vaut que le mandat électif soit le plus fragile possible. Ils savent aussi qu’un vacataire recruté par mandat populaire soit le plus marginalisé possible par ses propres électeurs (potentiels).

Délictuosité :

Ce que cela laisse voir, c’est l’impossibilité de parler de « trafic d’influence » dans un cas où, justement, il y a travail visant à saper le pouvoir d’influence minimal dont un député, ou un autre élu, est sensé disposer. Pourtant, l’atteinte à la bonne foi de l’électorat, à la confiance des électeurs, au fonctionnement démocratique normal des institutions, à la légitimité démocratique et à la souveraineté populaire est reprochée au détour de chaque phrase blasée qu’un citoyen en age de voter peut proférer. Ce sont, hélas ! des délits non caractérisés, non inventoriés, que la seule éthique ou le seul discours sur l’éthique ne peut contrecarrer et qui n’entraînent pas encore rupture de mandat ni de l’immunité à laquelle il ouvre droit.

Ceux dont le sort est plus « enviable » ne votent pas aussi. Ceci ne les empêche pas de se débrouiller pour compromettre tout ce qui, à leur yeux ou aux yeux des animateurs de leurs réseaux (restrictifs et / inter- communicants), risque de créer ‘’désordre’’ dans leur vision du monde… des affaires : solidarités de toutes sortes (anciens de ceci ou de cela, clanique, villageoise, tribale, sectaire –voire raciste ?-, etc.), associations (de jeunes, de mosquées, de femmes, etc.), syndicats et partis politiques. Ils s’y sont tellement rôdés qu’ils ne laissent pas de trace et pour cause, ils se suffisent le plus souvent de menues rumeurs, menues provocations, menues troubles dans le train-train projectif des groupes ou des personnes ciblées.
Le récit de ces menues tracasseries peut suffire parfois à convaincre n’importe quel con d’opportuniste à se laisser lancer dans la course électorale : c’est une plaisanterie qui a cours ! Elle a tellement cours qu’elle n’est jamais trop loin des foires d’empoigne à laquelle les ‘’éligibles’’ des partis politiques se livrent, invitant d’entrée de jeu les plus crédibles à commencer par satisfaire à la première condition de tout travail de représentation : ne pas se compromettre dans une risée qui ne peut que ternir leur crédibilité et, pire, porter atteinte à l’ancrage social de l’idéal qu’ils défendent. Voici donc une autre raison de l’abstention : les électeurs crédibles (car il y en a à chaque HLM, dans chaque quartier et au niveau de chaque village) se retirent des joutes électorales puis s’abstiennent de voter, dans le même mouvement qui conduit les éligibles crédibles à l’abstention de se porter candidat.

Des bases sociales pour candidature, au nom de quoi ?

D’aucuns n’ont peut-être jamais entendu parler de candidat indépendant parrainé collectivement par des ouvriers d’une telle unité industrielle privée. N’en parlons pas.
Les partis politiques sont à ce point tenus, à l’avenir, d’aligner des candidats rigoureusement crédibles et aptes à fédérer autour du projet ou du programme de leurs partis respectifs d’autant plus que des candidats qui réussissent à se faire porter sur des listes partisanes sur la base de leur capacité de nuisance, d’intrigue et d’impotence physique doivent désormais être une caractéristique indélébile des partis d’extrême droite s’il y en a. Car des candidats qui n’ont d’autre à présenter que leur propre cravate induisent beaucoup de monde en erreur en les conduisant à imaginer que le fait d’être souvent sollicité du fait de la fonction occupé permet de prétendre à bénéficier du parrainage des gens qui se sont ainsi approchées dans un passé récent pour service rendu dans le cadre professionnel. D’autres peuvent croire qu’il suffit de faire mille et une tâches visibles, de signer toute pétition de passage, pour pouvoir aligner les quelques centaines de formulaires nécessaires pour la validation d’une candidature. A ce train, on n’est pas loin d’assister à des candidats pouvant croire à leur popularité du fait du nombre de scandales publics desquels ils auront été à l’origine.

C’est très élémentaire mais cela devient urgent à signaler : mon ami, mon frère, chère connaissance, je t’en prie de comprendre qu’il n’est pas bien, ni pour toi, ni pour moi, ni pour personne d’ailleurs, de me pousser à cesser de te dire bonjour pour la simple raison que je craindrai que tu me sollicites dans quelques mois pour la signature d’un formulaire portant parrainage pour une élection, quelconque ou distinguée. Tu me rends service, je te rends service, tu me dis bonjour, je te dis bonjour et c’est très bien comme ça car nous participons à une vie sociale où les menus agréments en générosité et en sympathie ambiante d’une vie collective ne sont pas rémunérés. Il faut t’en rendre compte, ce ne sont ce genre de choses qui donnent droit à se porter candidat et, pour preuve, reconnais que si cela était le cas, je t’aurais peut-être devancé à faire le projet de me constituer candidat.

Un candidat doit fédérer autour d’idées, d’un projet, d’un programme. Et s’il n’y a aucun parti politique dans les parages pour porter une idée consistante, un projet valable, un programme enthousiasmant qui valent la peine d’être portés, défendus, proposés à l’électorat, dans ce cas une liste de candidats indépendants ou une candidature indépendante sera requise : elle répondra à un besoin d’expression, voire de réalisation si elle rencontre une volonté générale suffisante. Dans un tel cas de figure, l’idée, le projet, le programme, aura suffi d’elle-même pour fédérer suffisamment de personnes pour chauffer la batterie au moment de réunir les signatures suffisantes et ces personnes le feront à la fois de bon cœur et tambour battant car sûrs de l’objectif et conscients des moyens qu’il faut pour l’atteindre : tu n’auras pas, dans ce cas, besoin d’avoir cette mine de mendiant de signature et tu ne haïras aucune des personnes à lesquelles tu es sûr d’avoir ‘’rendu service’’ dans le cade de tes fonctions qui aura refusé de te signer un ‘’minable formulaire’’, en retour, comme un service de dette. Imagines que tu réussiras à réunir les signatures nécessaires pour te porter candidat mais qu’aucune des personnes initialement prévues pour service rendu et que tu es élu à la fin : seras-tu fier d’avoir été élu malgré ceux qui ne t’ont pas fait témoignage de « reconnaissance » ? Travailleras-tu, ton mandat durant, à leur service ou contre leurs intérêts ?

En somme, que faisons-nous de la souveraineté populaire ? Y a-t-il lieu de continuer à faire comme si les idées sont pour les idéalistes, comme si les projets ne sont que pour les « opérateurs économiques » et les programmes que de télévisions ? Cela ne contribuera-t-il pas à démoder l’élection au point où, de l’abstention, l’électorat basculera au rejet des élections et à la mise en quarantaine permanente des élu(e)s ?

Nous y voilà. Comment justifier le passage du rejet des élections à la candidature ? N’est-ce pas excessivement inconfortable de devoir justifier le passage, du rejet des partis politiques, à la candidature dans des listes de partis politiques, en tête de liste ou en d’autres positions ? Comment justifier que, après le rejet des élections et des partis politiques, l’on se porte candidat sur « listes indépendantes » si cela ne signifie pas que l’on s’inscrit dans l’optique de la destruction des partis politiques, y compris en leur faisant l’opposition autrement, autrement dit en les chassant de l’APN après avoir cherché à les chasser des bureaux de vote ? Au bout du compte, de quel sens sera crédité à posteriori un parcours, une lutte –chaotiques- nommée « le combat continue » et des revendications exhibées en reflet du contenu profond d’une protestation virulente mais juvénile et populaire, qui aura duré des années successives, si jamais il s’avère, au lendemain de ce 1 avril, que des gens les ayant portés ne réussissent même pas à se faire admettre candidats à la députation nationale ? Dans leur suite, quelles conclusions les spécialistes qui auront pendant tout ce temps glosé sur les tribulations de ce qui est nommé « aarchs » tireront au sujet de leurs conclusions passées ?

Je ne doute pas que toutes ces questions et toutes les autres ne dispenseront personne d’être aux petits soins constants avec ses grilles d’analyse, de lecture et de projections du champs sociétal : les raisons en sont encore non définitivement quantifiées. S’y mettre pourrait au minimum permettre une meilleure identification des causes produisant l’ampleur devenue prévisible de l’abstention. Ceci pourrait aider à faire voir que les foires d’empoigne épisodiques qui s’emparent des partis politiques les empêchent de jouer leur rôle de cadres d’expression des effets de nature renseigner sur les origines et les implications du marasme actuel : toute décision de participation aux élections qui en fait fi vicie la démarche tendant à lutter contre l’abstention. En outre, rejoindre les abstentionnistes peut constituer un premier pas intelligent, propre à reconstituer un front de légitimité, de crédibilité et d’efficience à partir de la marge, devenue majoritaire, du champs électoral, mais cela ne suffit nullement : ce premier pas vers le rassemblement des éligibles et des électeurs crédibles abstentionnistes devrait rendre la vision plus nette encore de la nécessité de produire un fonds d’élaboration et de projection tant pour le présent que pour l’avenir afin que les énergies actuelles ne meurent pas d’ennui mais aussi afin que les données présentes ne soient happées par des réalités à venir. Et personne n’est ignorant au point de ne pas se rendre compte des réalités nouvelles que chaque nouvelle aurore apporte.
Quand chacun aura défini ce qui découle de son choix personnel, quand ceux dont le parcours offre des sens successifs non synthétisables pour le commun des électeurs et un visage qui n’est pas sensé compenser un poids idéel, projectif, programmatique et politique se seront rendus aux vérités élémentaires, il restera la question de savoir si tout cela peut servir la démocratie, la souveraineté populaire et le bien-être social général, et en quoi. Car toute situation même lorsqu’elle menace de nivellement des consciences par le bas est susceptible de véhiculer des enseignements et, donc, des avancées. Le tout est de savoir en tirer quelque chose ou de savoir le transformer en bien. Je me pose moi-même la question de savoir en quoi l’expérience présente peut dès maintenant me concerner en vue d’activités sociales d’intérêt général, voire en vue de propositions bonnes à évaluer par le bulletin secret un de ces jours.

Le 28 mars 2007.
T.H.

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