mercredi 14 mars 2007

Education. Statut particulier : Où situer le débat ?

Une nouvelle mouture du statut particulier des travailleurs de l’éducation (SPTE) est en préparation. Le ministère de l’éducation a invité les syndicats autonomes du secteur à émettre des observations sur le statut en vigueur. Ces derniers ne disposent pas du nouveau statut en gestation. Autant dire qu’ils sont tenus d’énoncer leurs vœux plutôt que des propositions et qu’ils sont tenus de deviner l’orientation et le contenu du projet de statut.
Pourtant, il n’est qu’à considérer les déclarations de l’UGTA pour être sûr que le projet est déjà prêt, que la « Maison Du Peuple » en est au courant et qu’il sera inscrit en suite logique du Pacte dit national économique et social, signé l’automne dernier. N’est-ce pas ce qu’il faut déduire du fait que l’UGTA insiste pour faire passer les statuts particuliers ? Ce, alors que, dans l’éducation en tout cas, l’on est encore à discuter du statut en vigueur.
D’autre part, sachant que l’ordonnance du 15 juillet 2006, portant Statut général des travailleurs de la fonction publique (SGTFP), a été adoptée par le parlement en octobre 2006, il n’y a pas lieu de s’attendre à un statut particulier qui soit contradictoire avec le Statut général. Et le statut général défend par la force de la loi la dépermanisation (art.19), licenciement (art.86), réduction du week-end à un seul jour (art.191), obstruction à l’information syndicale (art.26 et 48), limitation de la liberté d’opinion (art.26) et des libertés syndicales (art. 26-39), etc.
La réforme du système éducatif que l’on découvre détail après l’autre et seulement une fois passé à l’application nous renseigne, pour sa part, de ce qu’il en sera du futur SPTE : contractualisation de la relation de travail concernant les corps communs ; substitution d’employés sans SNMG (IAIG, filet social, emploi de jeunes) au personnel de surveillance et de bureau ; expérience où l’éducation physique est confiée à des animateurs de jeunes dépendant du MJS ; enseignement technique cédé à la formation professionnelle, etc. La façon dont les élèves bénéficient de l’enseignement des arts lyriques et plastiques, mais surtout de l’autre langue nationale, tamazight, confère à ces matières un statut d’alibi et aux enseignants qui s’y spécialisent un rôle d’obligés et une durée de vie professionnelle très incertaine. Le personnel de l’éducation court à un laminage et ce qui n’est pas précis à travers le SGTFP va l’être davantage à travers les lois sur l’organisation et l’orientation scolaire –dont le conseil des ministres du 13 février livre l’essence faite d’arabisation comme celle de 1976 et de mondialisation pour enfin remplacer le socialisme. La désolidarisation des travailleurs risque d’être aggravée si les corps communs ne sont pas mieux défendus et si les responsables d’établissements ne trouvent aucun attrait ni protection auprès des syndicats autonomes.
Ce qui se profile ainsi à l’horizon semble se préparer à l’ombre de diversions diverses qui servent pourtant à mieux les souligner et dénoncer. Les diversions consistent à troubler, d’une manière ou d’une autre, le plus souvent de la manière la plus spectaculaire et médiatique possible, les débats susceptibles de naître au sein des établissements. Un ministre se prend pour Hammourabi ou pour la loi personnifiée et pour les instances concernées lorsqu’il limoge un proviseur de lycée devant la caméra de télévision. La relation entre citoyen et Etat, entre fonctionnaire et règlement, entre algérien et loi est, comme par magie, remplacée par un rapport d’employé à employeur, de commandeur à commandé, de gouverneur à gouverné. La République et la patrie ? Simple : il suffit d’un garde-à-vous. Très intelligent : l’absurdité agit parfois comme une parfaite couverture pour faire passer des couleuvres. On peut aussi agir de loin. Le cas très médiatisé ces dernières semaines d’un lycée algérois rappelle que, à la tête de très nombreuses écoles, des incompétents, voire tout bêtement des intérimaires convoitant une stagiairisation hypothétique sont placés : il serait surprenant que la moitié des établissements scolaires soient déjà en cours d’élaboration de leur « projet d’établissement », idée vite avancée et, semble-t-il, vite oubliée. Avec une idée telle que le « projet d’établissement » et des responsables compétents et non précarisés, le débat sur les réformes en cours ainsi que sur le SPTE aurait été amorcé et lancé. Quand de telles idées sont avancées puis oubliées, les dernières volontés se sentent ridiculisées et quand des pantins dirigent des établissements, le personnel ne peut que se rabattre sur des occupations quotidiennes, individuelles, sans mise en perspective réelle aucune.
Ce qui précède tente de montrer à qui et de quelle manière le futur SPTE, dont nous n’avons pas vu le texte, pourrait s’adresser. Les travailleurs de l’éducation qui sont ou seront aussi parents et les parents d’élèves proprement dits devraient éviter de perdre ces réformes de vue ; ils devraient faire l’effort de se démarquer des multiples diversions par lesquelles ils sont souvent occupés, oubliant ainsi de soigner leur image de façonneurs des responsables de demain, de l’école d’aujourd’hui et de l’Algérie éternelle.
Ils doivent sans tarder multiplier les occasions de se rassembler, de se concerter, de confronter leurs points de vue, de mettre en route leur solidarité agissante et effective. Car il est clair que les réformes en cours sont et ne peuvent qu’être solidaires : organisation scolaire, orientation scolaire, droits de l’homme, du travail, de grève et libertés syndicales, représentation, statut particulier et statut général de la fonction publique ne sont pas séparables.
Les travailleurs de l’éducation notamment ne doivent pas se satisfaire de discuter du SPTE encore en vigueur comme le veut la tutelle et entrepris par le Syndicat de toutes les caisses sociales. Il est encore temps d’exiger que le projet du nouveau SPTE leur soit remis, pour débat, modification et enrichissement, avant que le projet consensuel ne soit soumis à promulgation.
Par Tahar HAMADACHE (Membre du Bureau national du SATEF)

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