jeudi 15 novembre 2007

Elections locales de novembre 2009 : Un billet de valeur citoyenne à ne pas dévaluer !


15 mois nous séparent de l’élection présidentielle. S’il n’y a personne pour sentir d’ores et déjà le petit air de précampagne, cela signifiera que la prochaine élection présidentielle est prédestinée à être autant maltraitée par les journaux algériens que la campagne en cours et que l’essentiel des débats en rapport avec le rendez-vous de 2009 sera escamoté au même titre que ceux en relation avec les élections locales et régionales de cette fin du mois.

Ces dernières ont en réalité une indéniable valeur de sondage, grandeur nature, sur les principales tendances politiques et sur les thèmes, captivant ou ne captivant plus l’opinion, en préparation des reconsidérations et autres innovations qui caractériseront, le moment venu, le langage politique algérien. Elles sont sensées servir à dépasser les tares de fraude, d’opportunisme et d’inutilité qui collent aux élus, depuis longtemps en vue de leur habilitation politique. L’apparition du mot d’ordre de « lutte contre les maffias locales » n’est en ce sens pas un simple effet de style, elle répond à la nécessité de mettre en œuvre des politiques locales dont la direction ne peut qu’être confiée à des maires politiquement compétents et légitimement élus. Et en ces temps où l’on a l’impression que l’on quitte résolument l’ère de la légitimité historique, limites biologiques obligent, l’on tergiverse encore sur la nature de nouvelle (s) source(s) de légitimité(s) sur la base desquelles l’élite politique du pays viendrait à se constituer en caste ou à se régénérer et à se renouveler –selon quels critères ? Quelle que soit l’issue de telles tergiversations, l’élu finira bien par être doté de qualités et de prérogatives nettement politiques et de pouvoirs bien réels, chacun selon son mandat.
C’est que des assemblées locales politiques sont à même, non seulement de freiner les appétits gloutons des réseaux affairistes ou maffieux qui ciblent des localités jugées sans défense -c’est-à-dire sans élus conscients, sans opinion publique agissante, sans société civile éveillée, organisée et dynamique : des candidats viennent de dénoncer pour la première fois l’existence de réseaux de trafic d’organes, cette nouvelle forme de sociétés anthropophages- , mais aussi de penser de manière adéquate et de mener concrètement une politique de développement local durable en mesure de s’articuler à une politique nationale de même nature.
Ceci, d’autant plus qu’il y a de moins en moins de tabous touchant le patrimoine historique, culturel, immatériel, et de moins en moins de rejet de métiers il y a un temps infériorisés. La récente exhumation parlementaire de la polémique sur les caractères à utiliser dans la transcription de tamazight pourrait constituer un indice que d’aucuns voudraient ramener les critères de sélection des pépinières des élites du futur dans le pays à un niveau plus que sociologique, idéologique, historique et linguistique. Tous les segments de l’opinion, y compris ceux acquis à la défense de tamazight, donnent des signes d’adhésion à cette mécanique sélective, plus dominatrice que capacitaire, prenant plus des allures « définitives » que tendant à une démarche intégrative, comme si le pouvoir de décision momentané peut infailliblement préjuger de développements et de contre développements ultérieurs.
A ces deux tâches, vient se joindre, aussi, celle de la dynamique citoyenne, irréversible malgré l’apparition de quelques marques d’identifications collectifs sans ancrage historique et social ; émancipatrice malgré la crainte, justifiée, de la voir complètement absorbée par une aliénation aux effets de la mondialisation, aux dépens de la culture nationale qui passe ainsi de l’état de minorisation officielle nationale à des formes de ‘’protectionite’’ en tant qu’ « espèce » en voie de disparition.
Il n’y a pas à négliger le fait que les populations sont souvent dans le besoin de se donner de nouvelles perspectives communes à cause, principalement, de l’évolution des besoins et de la mobilité démographique marquant par l’exode les localités plus rurales et par l’affluence celles plus urbanisées ainsi que des connaissances.
Une campagne électorale est l’une des rares occasions, l’état d’urgence n’aidant pas, pour se rassembler, discuter, tenter de dégager des visions actualisées pour la ville, pour le village, pour la circonscription. De même que pour une cause ou pour une autre. Il y a donc un travail horizontal de socialisation et de projection collective qui s’effectue à l’occasion d’une campagne que les candidats ont au moins l’honneur de justifier, quel que soit le style adopté, les qualités qu’on leur attribue ou le programme proposé ; ce travail n’est ni vain, ni négligeable, y compris pour les observateurs, journalistes compris, mais on ne peut l’observer qu’en allant sur le terrain, en le valorisant car il ne se dégage pas toujours des formules lapidaires usuelles lors de la confection des propositions de campagne.
A un niveau institutionnel, il n’est pas exclu que, entre les élections du 29 novembre prochain et l’élection présidentielle de 2009, une nouvelle constitution vienne consacrer des conclusions tirées de l’état des choses tel que constaté mais aussi tel que projeté pour la Nation, en bonne partie des travaux des commissions chargées des réformes tout azimuts mises sur pied il y a de cela des années et des évolutions connues tant au niveau national (à commencer par le statut de l’une des langues maternelles algériennes) que mondial, notamment avec les nouvelles formes de résistance à la mondialisation ultra-libérale ; cela pourrait être une façon de passer à la 2ème République qui, espérons-le mais mobilisons-nous aussi pour ce faire, gardera son identité démocratique et sociale annoncée dès novembre 1954.
Avec ces réformes fondamentales, devront coïncider à la fois de nouvelles distributions de missions et prérogatives de l’Etat et des élus ainsi qu’une réorganisation territoriale des collectivités locales, ce qui pourrait impliquer, au-delà des simples codes de la Commune et de la Wilaya, de possibles élections locales anticipées d’ici l’horizon 2010.
Si, avec un tel cahier de charges, les élections locales du 29 novembre 2007 continuent d’être traitées comme un fait divers tant par la presse que par les électeurs, alors tout le monde aura accepté d’abdiquer sa citoyenneté, son droit de regard, de contrôle et d’expression, au profit des tenants d’une activité politique limitée aux groupes et hommes d’influence, aussi divers qu’informels. C’est, quand on parle de nécessité de changer de système, ce système parallèle et informel qui est visé, le système politique officiel n’étant souvent redevable que de combler son déficit démocratique, de résoudre ses contradictions, parfois insensées, et d’opérer les mises à jour indispensables en vue d’une compétence projective en phase avec les aspirations populaires les plus prometteuses.
C’est dire que, à tout rater de la vie politique nationale en ce moment précis, il s’agit au minimum d’avoir le réflexe de sauvegarder la valeur authentique du Billet de vote : même nul, il exprimera la détermination de chaque votant(e) à garder au concept de volonté populaire, de souveraineté populaire et de légitimité démocratique à la fois son sens et sa force de validation ou de censure. Afin que les charlatans finissent un jour par se décourager et cessent, en désespoir de cause, d’investir dans le découragement et l’écoeurement des gens du peuple…
15 novembre 2007,
Tahar HAMADACHE.

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